le paradis des chiens

DA3– un cirque métaphorique –

Les dix-sept vieux de la maison Saint-Michel ont décidé de se mettre ensemble pour sortir de leur torpeur et montrer au monde qu'ils sont toujours vivants. Ils ont préparé un grand spectacle de cirque et de music-hall. Tour à tour, dompteurs, magiciens, funambules, conteurs, chanteurs, ou musiciens, ils montrent au monde qu'il sont toujours là. Sous le masque des rides, il s'en vit des choses, il s'en raconte des histoires… Le grand cirque qu'ils ont préparé n'a bien sûr pas la virtuosité technique des Bouglione : pas de cumulets, pas de triple salto au programme, mais ce que l'on perd en prouesse, on le gagne en imagination et en humour, en poésie et en émotion, car derrière le cirque, c'est leur condition qui est en jeu : l'humiliation et l'oppression vécue au quotidien mais aussi leur volonté de résistance, leurs tentatives de rester en vie, d'être reconnus par l'environnement qui les entoure et leur volonté de rester enracinés dans le présent. Et si l'on associe habituellement le vieillard à des phénomènes de solitude, d'individualisme et d'incohérence, ici, la solidarité, la collectivité et l'organisation d'une résistance sont de mise pour dénoncer leur mise au banc de la société. Pour que finalement notre tragédie humaine se transforme en vie gagnée sur le monde, sur la mort. En force de vie, tout simplement.

 

P. Corillon, J-Y Evrard, J-M Frère et D. Roodthooft
Bernadette Veysset-Puijalon

PRIX DU THEATRE: JEUNE COMPAGNIE, 1998

la création et la diffusion  :  

Avril 1997 : Théâtre de la Place à Liège

Sept 1997 : Théâtre de la Balsamineà Bruxelles et
Maison de la Culture à Tournai,

14 représentations

la production et la coproduction:

Grand-Guignol (asbl)

Co-produit par le Théâtre de la Place,
le Théâtre de la Balsamine
et la Maison de la Culture à Tournai

les aides :

La Communauté française — Service du théâtre, de la musique, de l'éducation permanente

le CIFAS

l'équipe :

Anne Capriau, Evald Chikovsky, Pierre De Soete, François Duysinx, Michel Mentens, Suzanne Wauters, Irène Demaret, Alberte Lefebvre, Guillemine Lejeune, Juliette Lejeune, Jeanne et Jean Liégeois, Jeanne et Germain Limpach, Jean Loos, Catherine Reculé, Simone Tombu (interprétation)

Dominique Roodhooft (conception et mise en scène), Jean-Michel Frère (écriture et dramaturgie) et Patrick Corillon (écriture des chansons) , Jean-Yves Evrard (musique originale), Philippe Henry, Carine Cogniaux (scénographie et costumes), Patrick Brüll (mouvements scéniques), Jean-Claude Jacoby (lumière), Jan Vangeerbergen (assistanat à la mise en scène), Géraldine Nicolay (assistante stagiaire), Pierre Jamart (vidéo), Paco Argüelles (numéro de magie), Thierry Moors (régie générale), Myriam Simenon (costumes), Catherine Tilmant (habilleuse), Marie-Claire Dardenne (décoration, peinture), Pierre Dodinval, Marc Duchateau (construction et montage), Philippe Kauffmann (chargé de production), Catherine De Michele et Fabienne Tibulski (relations publiques et presse),

revue de presse
DA1

Le Soir - 10/98

DA1

Art et Culture - 09/97

DA1

Le Soir - 09/97

DA1

Gazette de Liège - 05/97

DA1

Le Soir - 05-97

DA1

RTBF 1 - 05/97

DA1

Art et Culture - 04/97

DA1

Courrier de l'Escaut - 04/97

DA1

La Meuse - 04/97

DA1

Le Soir - 04/97

DA1

Vlan Liège - 04/97


 

extraits

I. L’accueil du public

Séquence 1: “l’appel des cloches”

Le public est invité à rejoindre sa place au son de musiques de cloches jouées par Pierre à l’entrée de la salle. Un fois tous les spectateurs installés, Pierre s’occupe de refermer les portes et va s’installer avec Juliette aux instruments.

II. Le prologue

Séquence 2: le boniment de l’introduction au spectacle

François apparaît par le centre du rideau, seul, et s’adresse au public. (Pendant chaque boniment, l’acteur qui endossera le rôle sera revêtu de la même veste de bonimenteur tricotée et sera éclairé par le projecteur poursuite.)

Ladies and gentlemen
Meine damen und heren
Mesdames, mesdemoiselles et messieurs,
Cher public,
Merci et bonsoir.
Heureux et fier des triomphes récoltés
à Pouilly sur Meuse
à Vissy-les-Sarts
et à Flémoule,
Le Paradis des Chiens
pose ses papattes dans votre grande cité.
Ne dis rien, public adoré,
je le vois à tes yeux humides
je le sens au frémissement de l’air,
vous attendez tous l’Attraction du Siècle,
le cirque de tous les défis,
de toutes les audaces...
des fauves aux griffes acérées...
des acrobates, des voltigeurs,
des magiciens et des hypnotiseurs...
des feux d’artifice, des chansons,
des rires et des larmes...
Eh bien, nous allons vous l’offrir,
l’attraction tant attendue,
le Cirque du Siècle,
le Paradis des Chiens.
Et pour commencer en beauté, public adoré,
voici “Le réveil des fauves”...
la ménagerie sauvage que le monde entier nous envie,
des animaux d’une férocité sans pareille...
imprévisibles,
impénétrables,
presque aveugles et presque sourds,
indomptables
à cause de cette mystérieuse maladie qui les guette,
les pourchasse,
les rattrape,
et s’abat sur eux sans pitié.
Cent fois plus terrible que la peste,
redoutablement contagieuse,
irrémédiablement fatale,
cette maladie laissait espérer une hécatombe naturelle...
Tremblez citoyens
car les spécialistes chargés de découvrir leur utilité dans l’éco-système
affirment qu’une mutation extraordinaire
leur assure aujourd’hui
une résistance et une prolifération effrayantes.
C’est par hordes entières
qu’ils s’immiscent maintenant
dans toutes les cités
et mettent à sac nos réserves précieuses.
Quand on sait, mesdames et messieurs, qu’il suffit de croiser
un seul de leurs regards
pour être contaminé,
on mesurera le courage et la témérité
de notre dompteur.
Rien que pour vos yeux,
public adulé,
notre ami Wilfried,
le grand, l’immense Wilfried,
va encore une fois ce soir
exposer sa vie aux regards foudroyants des fauves.
Applaudissons-le tout de suite comme il le mérite
(la tête de Wilfried apparaît par la fente du rideau pendant que le bonimenteur incite le public à applaudir puis Wilfried disparaît rapidement)
et, pour ceux qui craignent le pire,
(j’en vois déjà qui se cachent derrière ses enfants),
un seul conseil:
évitez de les fixer droit dans les yeux.
(long silence et regard public)
And now, ladies and gentlemen, public vénéré,
le spectacle peut commencer...

 

III. Le réveil des fauves

Séquence 3 : la parade:

Le rideau s’ouvre laissant apparaître le choeur poussant et tirant quatre lits et chantant un air de parade. (Pierre est au xylophone et Juliette au Piano). Les quatre fauves sont couchés dans leur lit, recouverts entièrement par un drap de lit blanc. Une fois les quatre lits rangés en demi cercle à l’avant scène, le choeur va s’installer sur les côtés. Une fois assis, le choeur s’arrête de chanter sous le signal de la grosse caisse. (2 coups)

Séquence 4 : le numéro de domptage

Le rideau s’ouvre et laisse apparaître Wilfried de dompteur.
Fauve 1 : François
F2 : Anne
F3 : Ewald
F4 : Suzanne

Wilfried: Debout les morts!
(il claque des pieds ou du fouet)
(Réaction de refus de la part des fauves: ils se retournent)

Hola, debout !
(nouveau grognement des fauves et sourire embêté de W ielfried au public)
(pour lui-même)

Sales bêtes!
(Wilfried va vers F1)
Mielleux Petit, petit, petit
(aucune réaction de F1 pendant que F3 remue)
Hola, calme, calme!
(F3 se calme et wielfried reclaque des mains vers F1 et toujours aucune réaction)
Il crie : Hé! (et claque 3x des pieds...Aucune réaction)
Au public, comme pour s’excuser : il est vieux et sourd!
Wilfried va secouer le lit de F1, à chaque secousse, il crie : debout!
F1 se redresse, Wilfried salue puis va à F2

Sussuré : debout! (F2 se retourne)
Crié: debout!!! (F2 se retourne)
Wilfried sort une boîte de mon-chéri, sourit d’auto satisfaction, approche la boîte des oreilles de F2 et lui fait entendre la douce musique des mon-chéri emprisonnés; F2 se redresse lentement, W peut saluer. A ce moment, nouvelle crise de F3 qui va jusqu’à tomber de son lit.
Hola, hola, calme, calme! (Wilfried s’interpose ainsi que l’un ou l’autre régisseur entre F3 et le public)
On rentre à la maison ! (ce que F3 fait)
Bravo! Wilfried peut saluer
Wilfried va à F4, il la taquine du bout du fouet : une touche, F4 se retourne violemment, une nouvelle touche, même réaction.
Wilfried la caresse .
Brave ma belle, doucement !et F4 se redresse
Wilfried salue et montre le tableau d’ensemble (3 assis et un cul pointé)
A ce même moment, tous se recouchent.

Wilfried prends ses bois et entame les percussions pour les mater et les obliger à se lever et à s’habiller ; accompagné du choeur.

Chorégraphie: inventaire des maux


0 : Sous les draps
1 : 3 coups de bâtons pour le dompteur
Au 3 ème coup de bâton, repris par tout le choeur, les 4 fauves soulèvent leur draps et font apparaître leur visage:

Par le corps, ils interprètent:
Fr : “encore un petit peu dormir”
A : “où suis-je?”
E : “de l’air!”
S : “quoi encore?”


2 : sifflements d’Irène : ils s’étirent

3 : 1ère séquence de percussions: constat d’une courbature dans l’étirement et tentative de remédiation:
Fr: machoire, nuque, cou
A: bras, coude
E : crampes aux mollets
S : blocage sacrum


4 : sifflement d’Irène: tentative de repos pour tout le monde


5 : 2ème séquence de percussions : conquête difficile de la position assise pour tout le monde tous ensemble


6 : sifflement d’Irène : face public pour tous, neutres


9 : 4ème séquence de percussions : toujours face public, constat des rides


10 : sifflement d’Irène : repos laissent tomber leurs bras.


11 : 5ème séquence des percussions : conquête de la position debout et habillage


12 : arrêt des percussions au signal du dompteur : acteurs debouts face public
(Irène siffle durant tout le temps de la chorégraphie).

 

Séquence 6 : chant : la complainte

Une fois les acteurs levés et habillés, les percussions cessent sous l’injonction du dompteur . Les acteurs sont face public. Après un moment de suspension, ils entament la complainte après deux mesures d’introduction du piano.

les acteurs
Un jour on nous a dit
et redit (parlé)
t’as les pattes qui trainent
quelle dégaine! (parlé)
t’as l’poil tout dégarni
tout décati (parlé)
ton vieux museau nous gène
quelle haleine! (parlé)

si tu fous rien
c’est la fourrière
c’est pour ton bien
fais ta prière

Alors on a pris l’chemin
du paradis des chiens
du paradis des chiens
du logis des sans demain

Un jour on nous dira
et redira (parlé)
t’es vraiment trop lent
ah oui vraiment (parlé)
tu perds tout ton temps
tu perds tout’tes dents (parlé)
t’es bien trop encombrant
trop dégoûtant (parlé)

si ça continue
ce sera la rue
bien fait pour toi
c’est la fatwa

Alors on nous attendra
au paradis des rats
au parti des hors la loi
au paradis des rats
aux nantis de l’au-delà

le choeur avec les acteurs (les 17)

Un jour on te dira
et redira (parlé)
t'es vraiment trop lent
oh oui vraiment (parlé)
tu perds tout ton temps
tu abuses de notre temps (parlé)
t'es bien trop encombrant
tu saccages tous nos plans (parlé)

Si tu fous rien
c'est la fourrière
C'est pour notre bien
Fais ta prière

Alors tu prendras l’chemin
du paradis des chiens
du parti des moins que rien
du paradis des chiens
du logis des sans demain

Alors tu retrouveras
le paradis des rats
le parti des hors la loi
le paradis des rats
les nantis de l’au-delà

les acteurs (tout doucement)

Alors on prendra l'chemin
du paradis des chiens
du logis des sans demain...

Alors on nous attendra
au paradis des rats
aux nantis de l'au-delà...

 

 

IX. Le funambule de la mort

Anne entre revêtue de la veste du bonimenteur. Elle arpente la scène aussi légère qu’une bulle de savon.

Boniment du funambule
Vous l’avez vu traverser
les chutes du niagara
et le grand canyon
par les voies des airs
voici Pietro Ginola
l’équilibriste de la mort
Pietro Ginola...
sa vie ne tient qu’à un fil
Accompagnement de la caisse claire par Pierre. Entrée d’Evald par le centre du rideau et salut pendant que Michel entre côté jardin, poussant un lit pliant qui va faire office d’échaffaudage. Michel fait un demi tour de piste et va placer le lit contre la garde-robe pendant qu’Evald fait tomber le rideau. Celui-ci inspecte la résistance du fil pendant que Michel et Suzanne installe une pyramide de chaises contre la garde-robe.Avant le placement de la 3ème chaise : l’accompagnement musical s’arrête. Une fois l’échaffaudage installé, Evald se place au centre.
Suzanne retire son peignoir. Il est torse nu et vérifie une dernière fois le fil. Suzanne passe derrière et regarde le fil. Michel est contre la garde robe pour la soutenir. Le funambule s’avance vers l’échaffaudage sur un roulement de tambour. Avant de mettre le pied sur la chaise, il crie “
lumière!”. Noir sur le plateau, le temps de faire demi-tour.Une autre lumière apparaît, projettant l’ombre du fil sur le sol. Dans le silence, le funambule essaye de tenir en équilibre sur le fil. Une fois que la confiance revient, il continue à marcher sur le fil au son d’une valse à l’harmonium : François joue la mélodie sule puis la caisse claire entre avec l’accompagnement à l’harmonium pendant que le funambule explore, danse, prend des risques. Il termine en invitant Guillemine à danser la valse sur l’ombre du fil. Une fois arrivés au centre, tous se mettent à danser la valse (certains musent, certains parlent) puis fatigués, ils viennent se réinstaller sur les chaises en même temps que l’harmonium diminue.

 

X. La chanson du vieux loup gris (épilogue)

Séquence 19 : installation du plateau pour la berceuse

Evald s’assied à l’avant scène et Anne vient recouvrir ses épaules de la veste du bonimenteur. Pendant son boniment, François se place sur la piste avec sa chaise et attend que Pierre et Germain viennent placer l’harmonium devant lui côté jardin ;
tandis que Michel et Suzanne déplacent le lit côté cour sur la piste. Anne, Michel et Suzanne s’installent sur le lit, rejoints par Evald après son boniment. (Il aura laissé sa veste à l’avant scène sur la piste)

Boniment du vieux loup gris
On en voit de moins en moins
...et c’est dommage.
On dit qu’ils se cachent des hommes...
Entre chien et loup,
voici l’heure de réparer un oubli
voici notre vieux loup blanc...
Maxime Mimosan.
Le miel de sa voix
est un baume pour le chien blessé
la douceur de son chant
apaise la meute
et berce la nuit.
Ouvrez les yeux, tendez l’oreille,
il est là juste à côté de vous...

Séquence 20 : le numéro des montreurs de loups

Tous s’endorment, les acteurs sur le lit (comme des petits chiens dans leur panier), le choeur sur leur chaise, au son de la voix de Maxime Mimosan

Berceuse
Ron, ron, ron
C’est la ronde du soir
Lourd, lourd, lourd,
Le corps à se mouvoir

Coupe, coupe coupe
Le fil de la journée
Faim, faim, faim
De ne rien oublier

Chaud, chaud, chaud
Le coeur à s’émouvoir
Coupe, coupe, coupe
Le fil des années


Doux, doux, doux
Le souffle dans le noir
Loin, loin loin
Les jeux de la poupée


Lent, lent, lent
Comme la fin d’une histoire
Vie, vie, vie
Sur un écran de fumée

Ahouou, ahouou,
On veut prendre l’chemin
Du paradis des hommes
Du parti des toutous rien

Du paradis des hommes

Du logis des sans demain


Ahouou, ahouou,

Alors on dormira

au paradis là-bas
au parti des toutous las
au paradis là-bas
aux nantis de l’au-delà

Ahouou, ahouou,

François hurle une dernière fois à la mort tout doucement,, presque sur le souffle puis il abaisse doucement le couvercle de l’harmonium en même temps que l’intensité de lumière diminue jusqu’au noir.

 

FIN


 

haut de page