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photos : ©2011Titanne
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photos : ©2011RL le corridor

smatch (2)

Push up daisies (ou) manger les pissenlits par la racine?

- soirée composée /performance -

Push up daisies (faire pousser les pâquerettes) (ou) manger les pissenlits par la racine ?... signifie en anglais comme en français « être mort et enterré ».


Nous vivons dans une période spectrale, dans laquelle la mort, et la finitude de l'homme sont sans cesse énoncées et à certains endroits, consciemment plani- fiées. Dans SMATCH[2], nous passons par le relation sensible de l'homme aux végétaux et à la terre pour parler de la question de la vie même de l'homme et de son déracinement. Jardiner à la recherche de signes de vie en partant du milieu, afin de ne perdre ni les morts, ni les vivants. Le point de départ est un film où l'on voit, dans une chambre d'hôpital en Angleterre, un vieux monsieur caresser un âne dans le silence, pendant 8 minutes. C'est cette relation sensible de l'homme à la culture qui est explorée. Sa rupture avec l'expérience de la nature. L'écriture est basée sur des documents ou expériences scientifiques (un élevage de lombrics sur le plateau, une distillation de fruits récoltés avec une vieille casserole à pression, …), des récits populaires, la rencontre avec un âne qui favorise l'émergence de la mémoire, une ode à la pomme de terre, au vent ou au vers de terre.

 

Nous sommes toujours dans un lieu de travail. Le mobilier de laboratoire de SMATCH [1] est aménagé pour devenir une « arrière-cuisine-buanderie » liée aux activités de la campagne, en relation à la nature, là où la culture et la nature font bon ménage: un lieu de travail où rien ne se perd, un lieu de fabrication où l'on conserve, lave, recycle et transforme.


 

 

"Robert Harrison : Forêts —
Réflexions sur la condition humaine
." Editions Champs/Flammarion

 

création et diffusion (voir rubrique agenda)

mai 2011: Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles

août 2011: Festival Mladi Levi, Ljubljana (Slovénie)

novembre - décembre 2011: Hippodrome, scène nationale de Douai; Centre culturel de Hasselt; Théâtre de la Place de Liège; Centre culturel d'Eupen; Theater aan het Vrijthof de Maastricht

 

 

production

le CORRIDOR

Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles

Théâtre de la Place, Regiothéatre o Regiodanse, Liège

Théâtre des Tanneurs, Bruxelles

KVS, Bruxelles

Avec l'aide de la Communauté française - Service Théâtre et de la Région Wallonne - promotion de l'emploi

Avec le soutien de l'Hippodrome de Douai et de la Ville de Liège

 

 

distribution

Conception : Dominique Roodthooft

Par et/ou avec: Didier de Neck, Lotte Heijtenis, Dominique Roodthooft, Mieke Verdin, Gordon Wilson
Violon, violon sabot et basse-aux-pieds: Stefaan Smagghe

Dramaturgie: Vinciane Despret
Aide à la dramaturgie:
Patrick Corillon, Jean-Bastien Tinant

Composition musicale : Thomas Smetryns

Films: Sarah Vanagt (réalisation), Maxime Coton (son), Thomas Djekic et Anaëlle Marisa (chants)

Son, lumière, video, machinerie plateau et régie : Joël Bosmans, Pierre Kissling et Raoul Lhermitte

Aide à la scénographie : Claudine Maus, Valérie Perin, Marie Lovenberg et Cécile Sacré

 

extraits de presse

Broyer et s'accorder, le paradoxe de «Smatch»
«Push up daisies (ou) manger les pissenlits par la racine ?» est le sous-titre de «Smatch[2]» qui cette fois, s'axe davantage sur la nature, le végétal, et où la conceptrice cherche à éviter le simplisme, à nous ouvrir à tous les aspects de la vie qui ignorent la vision binaire ou abstraite du monde. Pour ne pas se contenter d'une indignation impuissante devant les images terrifiantes de la destruction d'une forêt séculaire. La scène sera d'ailleurs figurée - et filmée en direct - par un champ de brocolis décimés au couteau électrique.
C'est l'un des clins d'œil dont regorge le spectacle qui, pour autant, ne se réduit jamais à l'anecdote.

Dans les mélanges livrés ici, un théâtre neuf jaillit. Hors de la fiction, loin du jeu, mais au plus près de la transmission. En empruntant des propos, des concepts, des extraits de conférences (entre autre de Gilles Clément et son «Tiers Paysage», de Robert Harisson et son essai sur la survivance des forêts dans l'imaginaire occidental, du botaniste et biologiste Francis Hallé, spécialiste de l'écologie et des forêts tropicales humides…), Dominique Roodthooft réussit néanmoins une construction - quoiqu'encore fragile - surpasse la somme des parties. Une mosaïque cohérente qui n'oublie jamais la dérision. Une plongée concrète et poétique dans la pensée de ce qui nous fonde et que si souvent nous oublions.

La Libre Belgique, Marie Baudet, 19/05/11

De la sagesse de la pomme et du ver de terre
Dans le domaine de la performance ludique et intelligente, Dominique Roodthooft est un sacré cordon-bleu. Sa spécialité? Cuisiner en nous un certain optimisme critique.
...
Qu'on se rassure: loin des discours parfois lancinants et univoques, Smatch[2] expérimente, entrouvre des horizons inexplorés, cherche des endroits où inventer plutôt que dénoncer. Aux images chocs d'Al Gore et autres Yann-Arthus Bertrand sur l'état de notre «belle Terre», Dominique Roodthooft préfère mettre en scène la pomme de terre ou le ver de terre.

Tout est à l'avenant, nous prenant sans cesse par surprise au fil des discours philosophiques. On y croise une femme-arbre. On y interroge la volonté d'une pomme de terre. On y rencontre un âne thérapeute pour vieillards. On y apprend la fabrication des «seed bombs» (grenades de semences) et on y fabrique tornades, volcans et tsunamis. Le rapport entre la nature et la culture y est central, qu'on y parle de plantes vagabondes ou des pets de fromage. Comme quoi la biodiversité, ça pousse aussi sur les planches.

Le Soir, Catherine Markereel, 19/05/11

revue de presse

 

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Victoire 26/11/2011

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Le Mad 23/11/2011

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La Libre 23/11/2011

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Ljubljana26/08/2011

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Ljubljana26/08/2011

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la Libre26/08/2011

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la Libre19/05/2011

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le Soir 19/05/2011

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le Mad : 18/05/2011

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la Libre :11/05/2011

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la Libre : 04/05/2011

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Le Vif : 29/04/2011

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Le Mad 02/03/2011

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le Soir : Tous en scène 08/09/2010


L'arrière-cuisine de Dominique Roodthooft
Pieter T'Jonck

 

A l’inverse de grandes théories, c’est à partir de questions spécifiques et d'expériences humaines, que Dominique Roodthooft essaie de comprendre ce qui est en jeu dans notre monde et le rôle que nous pouvons y jouer. Elle le réalise dans la "série" SMATCH 1-2-3, dont on pourra voir le deuxième épisode dans cette édition duKunstenfestivaldesarts. SMATCH est une contraction de "to smash" et de "to match", "broyer" et "s'accorder". Deux mots qui forment un paradoxe.
Dans SMATCH [1], c’est une carte bizarre dans un guide touristique des villes flamandes qui attirait notre attention : la moitié supérieure, la Flandre, était joliment divisée en provinces multicolores; en revanche, la moitié inférieure, la Wallonie, était uniformément de couleur bleue pâle et terne, avec seulement trois noms d'emplacement : Hornu, Charleroi et Eupen, et la mention "Allemagne de l'Est". C’était comme si cette partie du pays était quasi inexistante. SMATCH [1] avait pour sujet la façon dont les attentes influencent la réalité. "Si nous posons sur le monde une autre question, nous pourrions obtenir une réponse différente", telle était la conclusion de Dominique Roodthooft.
Cette idée, elle l’a développée de manière encore plus inhabituelle : elle s’est demandée comment les animaux voyaient le monde. Et s’est interrogée sur la façon dont les spécialistes tentaient de les comprendre : à partir de quelle intuition, quelle question, pour découvrir quoi ? Le regard froid et utilitaire de l'industrie agro-alimentaire et celui de  beaucoup de scientifiques, ont souvent nié le monde de l’animal. C'est donc ainsi qu'il devenait possible de maltraiter les animaux.

Dans SMATCH [2], elle porte le regard sur la «nature» — qui, comme «la Belgique» est une notion plus que chargée et donc difficile à aborder — pour tenter de comprendre quelque chose des problèmes du monde.
Le point de départ de la réflexion a été cette fois un documentaire sur les arbres. Pendant les cinquante premières minutes du film, nous sommes plongés dans l’émerveillement de la nature et les trois dernières minutes, nous assistons à un carnage d’arbres séculaires au plus profond de la forêt, commis par des bulldozers et des tronçonneuses sans pitié. C'est choquant bien sûr. « Nous devrions avoir un cœur de pierre pour ne pas condamner cela. Seulement, remarque Dominique Roodhooft, « cela ne change pas d’un iota le fait que cela arrive. Pire encore, cela une pensée toboggan, ultra simpliste : Tout le monde sera immédiatement d'accord que c'est terrible » Il y a une faute de goût là-dedans. Et les choses deviennent tout d’un coup très simples, culpabilisantes et moralisatrices. D'emblée, il y a le bon et le mauvais. C'est de cette manière que s'installe la pensée binaire et rassurante. De plus, il y a l’utilisation de la technique du «spectaculaire des belles images chocs» pour convaincre. Il esthétise le problème et le rend donc au bout du compte peut-être plus inoffensif. Le message dénonciateur va alors produire l’effet contraire : clouer les gens dans leur impuissance ou les réfugier dans le confort militant new age.
Il est vrai que beaucoup d’entre nous avons perdu le contact avec la nature, et que le réchauffement de la planète a commencé. Mais comment pouvons-nous faire tourner les aiguilles de l'horloge à rebours? Quelle autre solution puis-je adopter ? Comment aborder le problème autrement que de façon binaire (la démission ou l’innocence)? Voilà où Roodthooft veut en venir : "Il nous semble préférable de quitter cette voie. Nous pourrions rester près du problème, rester avec le trouble « Staying with the trouble », comme le dit la philosophe américaine, Donna Haraway. Nous pourrions par exemple nous demander combien d'arbres ont été abattus pour pouvoir faire ce film, et ce que signifie le point de vue des auteurs. Sans oublier le fait que personne face à un tel film ne fait vraiment quelque chose pour mettre un terme à ce problème, on reste donc sous les coups de la main de Dieu. Et c'est précisément la difficulté. La question est traduite en images tellement violentes que le problème devient totalement écrasant. Les vraies solutions, cependant, ne sont pas écrasantes. Elles résultent d'actions petites, concrètes et souvent locales. Plus elles sont à notre mesure, plus leurs chances de succès sont grandes."
«Mais, pour atteindre ce but, nous devons dépasser nos certitudes. Les réinterroger constamment. Faire en sorte qu’aucune réponse ne pourra faire que qui que ce soit se sente à l’aise pour longtemps. (C’est la manière dont Vinciane Despret et Isabelle Stengers ont traduit le concept d’Haraway dans leur dernier livre : Les faiseuses d’histoires). Nous devons sortir de la pensée binaire du bien et du mal pour nous ouvrir aux nombreux possibles qui s'offrent toujours à nous. Sinon, nous tombons dans le simplisme. Ainsi, prenons l’exemple du discours sur la sauvegarde de la biodiversité par exemple. Certains écologistes défendent ce réflexe protectionniste à partir d'une pensée abstraite, d’un idéal simpliste. On doit pouvoir s’interroger sur la nécessité de tout garder. Poussons le raisonnement jusqu’au bout : nous n’avons pas envie qu’un petit imbécile propose de conserver le virus du sida, par exemple… Si on veut vraiment préserver quelque chose, alors on doit vraiment s'en préoccuper: à la fois par le biais d’une grande connaissance théorique et à la fois par le biais d’une grande expérience sur le terrain. Peut-être est-ce un des grands problèmes de l'homme dans sa relation à la nature. Comme Robert Harrison, le souligne, c'est parce que nous avons les compétences linguistiques que l'on peut imaginer quelque chose, sans avoir l'objet correspondant devant nous. La forêt peut disparaître concrètement, mais le mot "forêt", convoque celle que nous avons dans nos rêves et nos histoires. Et cela presque suffit. Nous n'avons plus besoin de l’expérience de la forêt. Mais en faisant cela, nous nous appauvrissons d’une partie de nous mêmes. Oui, c’est peut-être cela qui se passe avec les êtres que l’on perd (pas seulement les humains). Quand une espèce animale ou végétale disparait, c'est un point de vue que les êtres ont sur le monde que l’on est en train de perdre. Et si le monde est formé de la somme de tous les points de vue de tous les êtres qui le composent, alors perdre un être, c’est perdre une manière de vivre le monde et donc, c’est l’appauvrir.
Tout comme pour SMATCH [1] la scénographie est à nouveau un lieu de travail. Alors que le dispositif de  SMATCH [1] était clairement un laboratoire, Dominique Roodthooft opte maintenant pour le signe d’une arrière cuisine paysanne. C'est le lieu où rien ne se perd, où les produits de la nature sont conservés, recyclés et transformés.
On y a préparé et mis en conserves les aliments, on y a lavé les enfants qui y sont nés ainsi que les draps qui les bordent ; les personnes âgées y ont encore travaillé avant d’y mourir. Tout y est marqué par le passage de la vie, alors que le monde des communautés agricoles traditionnelles, décrite par John Berger, se meurt.  Toutefois, Dominique Roodhooft les fait revenir. Elle cite Robert Harrison: "Le provincial est quelqu'un qui sait que si vous retournez un rocher, au-dessous il y a un monde caché de terre, de racines, d'insectes et de vers. Le citadin n'a pas ces connaissances ou tente d'oublier, parce que sa ville est construite de pierres qui sont déjà extraites du sol, nettoyées et taillées sur mesure. La province, en d'autres termes,  est un endroit où les pierres ont encore deux faces."
Dominique Roodthooft plaide pour que nous nous ouvrions à tous les aspects de la vie qui ignorent la vision binaire ou abstraite du monde. « Nous devons oser envisager le mystère et l'irrationnel. Si je suis à la recherche de signes de vie, je ne puis certainement pas oublier la mort » Même les morts peuvent nous apprendre des choses. Ils continuent de changer. Par exemple, ils retournent dans le cycle de la nature, et permettent ainsi à une nouvelle vie de s'établir. Si je veux m'aventurer dans ce que cela signifie d'être humain, alors je ne peux certainement pas oublier de prendre en compte les autres formes de vie. Si je veux trouver de l'intelligence, je dois partir de ma propre ignorance. Si ma compréhension du monde, se fonde surtout sur la pensée, je dois veiller à ce que je ne perde pas de vue mes sens et mes sentiments. Lorsque je recherche la force, je dois la chercher dans le coin de la fragilité. C'est la seule façon d’apprendre à composer avec les incertitudes et les paradoxes de la vie."
Cela semble une tâche gigantesque, un immense domaine de recherche que veut, ici, ouvrir D. Roodthooft . Mais elle n'est pas seule. Comme pour SMATCH [1], elle a rassemblé un grand groupe de partenaires autour d'elle. Acteurs, musiciens, vidéastes, techniciens, hommes de terrains et penseurs travaillent ensemble à l’élaboration de la performance. Dominique Roodthooft poursuit sa collaboration avec la philosophe Vinciane Despret, dont la pensée autour de l'éthologie animale traverse tout le SMATCH [1]. Et elle a recours à des textes et des idées de David Abram, Robert Harrison, Donna Haraway, Francis Hallé, Gilles Clément ou encore Pieter De Buysser. Au moment de cette conversation, le projet est encore en développement, mais jusqu'en mai, avec humanité et force, tous ces ingrédients mijotent dans l’arrière cuisine de Dominique Roodthooft : là-dessus vous pouvez compter sur elle.

 

Interview réalisée fin mars 2011

 

la vidéo

 

 

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