les pas perdus

DA3— un spectacle déambulatoire hors-les-murs —

Cinq fonctionnaires —zélés!— du chemin de fer continuent d'occuper leur gare après sa fermeture.

Le préposé aux bagages, le douanier, le barman, la préposée à l'information et la vendeuse de journaux, personnages solitaires coincés dans un univers de passage, emmènent les spectateurs dans une étrange déambulation, un voyage imaginaire où l'inquiétant teinté de rire règne en maître.

 

création collective
Guy de Maupassant

création :

Octobre 1994 : Gare de Jonfosse Liège
(création spécifique pour un lieu hors les murs)

18 représentations

production et co-production:

Grand-Guignol, Co-produit par
le Théâtre de la Place à Liège

subventions et aides:

Communauté française -Service Théâtre.

Avec l'aide du Cirque Divers, de l'Atelier Théâtral Le Vivier, la Direction du district
Sud-Est de la SNCB, et le Musée Ferrovoaire A.T.F. à Kinkempois

l'équipe:

Dominique Roodthooft (conception et mise en scène), Anne Yernaux (assistanat à la mise en scène), Patrick Corillon (participation à l'écriture), Carine Cogniaux (scénographie), Jean-Claude Jacoby (lumière), Pierre Dodinval (son), Thierry Moors (régie générale) Jean Pierre Balthazar, Jean-Marc Delhausse, Arianne Lucas, José Rodriguez, Nathalie Uffner (interprétation) Budo, N. de Seny, M. Gharbi, N. Grégoire, B. Kinon, E. Neuprez, O. Palgen, T. Horman, J.B. Tinant (animation)

la fable

Cinq fonctionnaires —zélés!— du chemin de fer continuent d'occuper leur gare après sa fermeture.

Le préposé aux bagages, le douanier, le barman, la préposée à l'information et la vendeuse de journaux, personnages solitaires coincés dans un univers de passage, emmènent les spectateurs dans une étrange déambulation, un voyage imaginaire où l'inquiétant teinté de rire règne en maître.

le traitement

Spectacle déambulatoire dans la gare désaffectée de Jonfosse, « Les Pas Perdus » est conçu comme un parcours suivi par des voyageurs vers un train qu'il ne prendront jamais.

Munis d'un horaire de départ et d'une valise, par groupe de 10 maximum, les spectateurs sont ainsi conduits auprès de personnages et de leur univers étrange sur les pistes de leurs propres angoisses.

Dans cette gare devenue « maison fantôme », où le bruit des vrais trains se mêlent aux récits des protagonistes, la fiction rejoint sans cesse la réalité.

extraits de presse

De surprise en surprise, de personnages en personnages, d'animal en animal, « Les Pas perdus » nous entraîne sur les pistes de nos propres angoisses et parle avec humour, intelligence, sensibilité et fantaisie du monde dans lequel nous vivons. On passe du rire et de la peur à une sensation plus diffuse, moins « spectaculaire », mais qui laisse des traces profondes dans les âmes.

J-M Wynants, Le Soir, mercredi 2 novembre 1994

De la consigne au kiosque en passant par la douane, la station est peuplée d'étranges fonctionnaires du chemin de fer. Ces solitaires racontent aux voyageurs l'inquiétante histoire d'un hypothétique clochard…Ils sont prêts à tout pour procurer au spectateur quelques sensations fortes, mais aussi les rires libérateurs qui chassent tous les fantômes de l'imagination.

Debroux, La Meuse-La Lanterne, jeudi 20 octobre 1994
revue de presse
DA1

La Meuse
11/1994

DA1

Le Soir
11/1994

DA1

La Meuse
04/1995


 

extraits

(...) Les spectateurs qui, avec leur billet d'entrée, ont reçu un ticket pour la consigne sont emmenés devant le comptoir de la consigne tenue par un préposé aux bagages en tablier gris. Derrière son comptoir, celui-ci demande à chacun des spectateurs leur ticket, et quand il les a reçus, va chercher dans la réserve les valises correspondantes. Il rend à chacun spectateur une valise, souhaite bon voyage aux spectateurs qui sont emmenés vers la suite du parcours. Mais au moment où ils vont quitter la salle de la consigne, le préposé les rappelle "Excusez-moi, je voudrais vous montrer quelque chose. Si vous voulez bien revenir quelques instants. Ce ne sera pas long. Suivez-moi, suivez-moi." Il ouvre la planche à rabat de son comptoir, et d'un signe de la main, demande aux spectateurs de le suivre dans la réserve. La réserve ressemble à un labyrinthe; lorsqu'il a le choix entre deux chemins, le préposé hésite un instant, regarde attentivement les spectateurs, puis choisit de les emmener dans une voie. Arrivé au fond du labyrinthe, on trouve le bureau du préposé. Des valises y sont entassées. Le préposé dispose les spectateurs autour de lui, va chercher précautionneusement une valise, ne l'ouvre pas encore, la dépose sur son bureau et commence à raconter son histoire : "Il y a quelques années, il y avait un type qui travaillait ici, dans la gare. Il était au guichet. C'est lui qui remplissait les billets, qui réservait les places des voyageurs. Il vivait seul. La gare était devenue toute sa vie. Il n'imaginait pas qu'il puisse y avoir autre chose dans la vie en dehors du train. Il essayait de faire de son mieux pour qu'ils passent un bon voyage . Mais il faisait le bonheur des gens un peu malgré eux. Quand un couple lui demandait un billet pour Vienne, il voulait tellement les savoir seuls dans un tunnel qu'il les envoyaient à Vienne par le Mont-Blanc. Quand un gars qui avait des cernes sous les yeux lui demandait un billet pour Lyon, il l'envoyait en couchette par Marseille pour qu'il est le temps de se reposer.
Au bout du compte, la direction a commencé à recevoir tellement de lettres de réclamation à son sujet, qu'ils ont été obligés de le virer. Ca a été une catastrophe pour lui. Il n'avait rien d'autre que la gare. Alors même s'il n'y avait plus rien à y faire, il revenait ici tous les jours. Il traînait dans la gare avec cette petite valise. Il ne parlait plus à personne, il ne semblait pas nous reconnaître. Au début, il paraissait tellement perdu, qu'il choisissait des voyageurs à la descente du train, et il se mettait à les suivre. Il savait tellement peu où aller qu'il préférait que les autres choisissent à sa place, peu importe où.
Il suivait les gens. Mais personne ne voulait se laisser suivre par lui, il avait l'air tellement perdu. Personne ne voulait de lui, alors en désespoir de cause, il revenait à la gare dans l'espoir de suivre quelqu'un de plus compréhensif; Mais ça n'a jamais marché, alors il n'a plus quitté la gare. Il tournait en rond dans le hall. Il marchait bizarrement, l'air penché (il montre), il se déplaçait lentement, lentement; Parfois il essayait de grimper au mur, ou de rentrer dans une plaque d'égout.

Puis un jour, il y exactement un an, il est venu à la consigne. Son état semblait s'être aggravé, il marchait pieds nu. On aurait dit qu'il avait capitulé. Il m'a tendu sa valise. Il m'a dit "Garde moi bien ça, c'est ce que j'ai de plus précieux au monde". Et puis il est parti, et on ne l'a plus jamais revu…

Le règlement de la gare m'impose d'ouvrir tous les objets qui ont été déposés à la consigne depuis plus de douze mois. Ce matin, j'ai donc ouvert sa valise. Et voilà ce que j'ai trouvé, regardez, regardez (il ouvre la valise devant les spectateurs où l'on peut voir une vieille chaussure, côté semelle, avec, écrasée sur la semelle, une énorme araignée).
Il m'a fallut du temps, mais j'ai compris pourquoi il accordait tant d'importance à ça. (il montre la chaussure avec l'araignée). En fait, quand il en a eu assez de se faire rejeter par les gens qu'il suivait, il n'est pas resté sans rien faire dans la gare, il ne pouvait rester sans but, alors il s'est mis à suivre des êtres qui ne le rejetteraient pas. Il s'est mis à suivre des animaux. Pas les chiens, parce qu'ils ont des maîtres, mais des petits animaux, des cafards, des fourmis, des blattes, et quand il ne pouvait plus les suivre parce qu'ils rentraient dans leur trou, il en prenait d'autres. Et puis il y a eu cet accident avec l'araignée…, Comment a-t-il pu l'écraser? Je ne sais pas. Peut être a-t-il cru un moment qu'il pouvait à nouveau aller quelque part sans l'aide de personne, qu'il n'avait plus besoin de guide et il n'a plus fait attention à elle; peut être a-t-elle voulu lui fausser compagnie, et il n'a pas pu l'accepter. En tous cas je crois qu'il ne s'est jamais remis de son geste (il montre l'énorme araignée avec la valise). Ca fait un an qu'il est parti, et Dieu seul sait où il est maintenant, et surtout quel chemin il a pris pour y arriver.

(...)


 

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